Wellness by Michael Tomasini

Résilience en voyage : ce que l’Inde, une annulation de vol Lufthansa et un voyage en train m’ont appris

Les voyages d'affaires sont généralement décrits dans un langage clair et efficace.

Vols. Réunions. Hôtels. Transferts. Livrables.

Mais ce n'est pas ce que l'on ressent réellement lorsqu'on est à l'intérieur.

Certains voyages nous rappellent que voyager n'est pas un processus linéaire. C'est mettre à l'épreuve notre capacité à rester opérationnels lorsque les plans commencent à dérailler. C'est la véritable leçon que j'ai tirée de mon récent voyage en Inde.

Cette semaine m'a offert trois expériences très différentes.

Tout d'abord, l'hospitalité authentique de Mumbai.

Puis, une annulation de Lufthansa qui aurait pu compromettre totalement le retour.

Et enfin, un voyage en train en Allemagne, étonnamment humain, qui m'a rappelé que la guérison ne se fait pas toujours dans le silence.

Ensemble, ces expériences m'ont appris davantage sur la résilience en voyage que n'importe quel itinéraire parfait.

J'ai atterri à Mumbai avec environ une heure de retard, mais l'arrivée s'est déroulée sans encombre. J'étais assis près de l'avant de l'avion, mes papiers étaient prêts, je n'avais qu'un petit bagage cabine et j'ai traversé l'aéroport sans problème. À l'extérieur, j'ai retrouvé mon chauffeur et nous sommes partis en ville.

Ce premier trajet a donné le ton. Nous avons croisé des gratte-ciel et des bidonvilles au cours du même voyage. Mumbai ne se présentait pas comme une histoire simple. Elle s'est révélée complexe, intense et authentique.

À l'hôtel, je me suis enregistré tôt, j'ai pris une douche, repassé mes chemises et me suis bien reposé après le vol. Cette routine a eu une importance capitale. En voyage d'affaires, ces petits gestes ne relèvent pas de la vanité. Ils sont essentiels à la récupération. Ils permettent de passer du statut de passager à celui d'acteur.

Plus tard dans le voyage, j'ai vécu l'un des moments forts de la semaine : un dîner à l'hôtel en Inde qui m'a rappelé à quel point la qualité d'une expérience de voyage dépend des rencontres.

J'avais volontairement opté pour des repas légers les matins et j'avais un plan précis pour le dîner. Je souhaitais privilégier les protéines autant que possible, tout en restant ouvert à la cuisine locale. Sans rigidité, sans imprudence, simplement attentif.

Cet équilibre s'est avéré payant.

Le personnel a fait bien plus que servir les plats. Il a véritablement accompagné mon expérience. Il s'est renseigné sur mes allergies, ma tolérance aux épices et mes préférences. Il m'a présenté les spécialités locales, expliqué les différences régionales et m'a guidé dans le buffet d'une manière très personnalisée, loin de toute simple transaction. J'ai ainsi pu goûter à une grande variété de plats indiens en petites portions, y compris des mets que je n'aurais jamais choisis avec autant d'assurance de moi-même.

Ce repas m'a marqué car il a mis en lumière une idée essentielle : l'ouverture d'esprit n'est pas l'opposé de la discipline. En voyage, l'ouverture d'esprit peut même être une forme de discipline. Il faut être attentif pour rester curieux sans se perdre.

Cet état d'esprit m'animait encore mercredi soir, lorsque la phase suivante du voyage a commencé à mal tourner.

À 18h26 mercredi, tout en rencontrant un collègue et en se préparant pour un 19h00 dîner Avec mes collègues indiens, j'ai reçu la notification que mon vol retour Lufthansa était annulé en raison de la grève des pilotes. Mes vols initiaux devaient commencer le Jeudi à 22h45.

Ce genre de message peut gâcher toute une soirée.

Cette fois-ci, ça n'a pas été le cas.

J'ai gardé mon calme, je suis restée concentrée et j'ai apprécié le dîner avec mes collègues. Ce n'est qu'après que je me suis mise à gérer la situation. J'ai contacté l'agence de voyages et j'ai passé beaucoup trop de temps en attente. Ils n'ont été d'aucune aide. J'ai dû me débrouiller seule.

C’est là que la résilience devient concrète.

J'ai commencé à évaluer les options. Certaines étaient hors budget, d'autres non conformes, et d'autres encore m'auraient retardé d'une semaine ou plus. Finalement, j'ai trouvé la meilleure solution : Emirates via Dubaï jusqu'à Munich. J'ai attendu jeudi matin pour réserver et annuler mon itinéraire initial. Heureusement, le billet initial était remboursable, ce qui a évité à la compagnie une situation encore plus délicate.

Jeudi s'est déroulé globalement comme prévu. J'ai visité l'exposition puis suis rentré à Bangalore. Mais même là-bas, le retour a connu quelques difficultés. Seul un des trois vols de remplacement a pu être confirmé dans un premier temps, dont un vol SpiceJet.

J'ai ensuite réservé un hôtel près de l'aéroport, juste à côté du terminal des départs. Ce fut une excellente décision. J'y ai dîné dans un buffet proposant une grande variété de plats indiens en petites portions. Ce fut une conclusion étonnamment positive à une journée difficile.

Sur Vendredi matin, je me suis réveillé à 3h45. Afin de prévoir suffisamment de temps pour les formalités aéroportuaires, cette précaution s'est avérée justifiée. Avant même d'atteindre la porte d'embarquement, il fallait passer le contrôle de sécurité pour entrer dans l'aérogare, s'enregistrer et déposer ses bagages, passer un second contrôle de sécurité, puis marcher longuement jusqu'à la porte.

Le vol Bangalore-Mumbai avec SpiceJet était d'un confort déplorable. À la fin du vol, j'étais simplement soulagé de descendre de l'avion.

Puis vint le contraste.

Le vol Emirates pour Dubaï offrait une expérience totalement différente. L'avion était un 777-300ER, La cabine était presque vide et j'avais la rangée pour moi tout seul. En raison des nombreuses annulations de vols pour Dubaï, seul un petit nombre de passagers en correspondance étaient autorisés à voyager. Il en résulta un vol étonnamment calme et spacieux au sein d'une chaîne de transport par ailleurs chaotique.

Je me suis reposé. J'ai pris mon premier repas de la journée à bord. L'équipage était attentionné. Même de petits détails, comme pouvoir se rafraîchir correctement après le vol, ont fait toute la différence. Après plusieurs jours de stress, ce vol ressemblait moins à un transport qu'à une pause bien méritée.

L'arrivée à Dubaï s'est bien passée, et la correspondance aussi. Mais même atterrir à Munich ne signifiait pas que j'étais chez moi.

Voilà l'une des vérités cachées des voyages perturbés : l'arrivée n'est pas synonyme d'achèvement.

À Munich, il m'a fallu plus d'une heure pour passer le contrôle des passeports, récupérer mes bagages et passer la douane. Pendant ce temps, j'ai réservé un hôtel près de la gare centrale et trouvé le train dont j'aurais besoin le lendemain matin pour rejoindre l'aéroport de Leipzig, où ma voiture m'attendait.

J'ai pris le S-Bahn jusqu'à la gare centrale de Munich (München Hauptbahnhof), je me suis enregistré à l'hôtel, j'ai sorti ma brosse à dents et mon dentifrice, je me suis rafraîchi, j'ai rechargé mes appareils et je suis allé me coucher. Rien de glamour, certes. Mais indispensable.

Samedi matin, je me suis réveillé vers 07:00 J'ai alors fait un autre choix important : j'ai fait une séance de sport sur le tapis roulant avant le petit-déjeuner et avant de reprendre la route. Ce petit retour à la routine a changé le cours de ma journée. Je ne me contentais plus de survivre à la perturbation ; je commençais à m'en remettre.

Puis vint le voyage en train.

Et, de façon inattendue, c'est cette image émotionnelle dont je me souviens le plus clairement.

Dans le train qui me menait vers le nord, j'ai entamé la conversation avec plusieurs personnes intéressantes. Dans un wagon, un groupe de supporters d'un club sportif était en pleine fête. Ils m'ont invité à me joindre à eux, et pendant un moment, j'ai accepté.

Ce moment est important car la résilience est souvent décrite de manière trop restrictive. On la réduit au stoïcisme, à la maîtrise de soi ou à l'endurance. Ces qualités sont certes importantes. Mais la résilience est aussi sociale. Parfois, le rétablissement commence par un peu de rire, en se connectant à l'atmosphère environnante et en se permettant de retrouver son énergie humaine normale après des jours de stress opérationnel.

Après le train, j'ai pris le S-Bahn, je suis arrivé à l'aéroport, j'ai payé le supplément de parking, j'ai récupéré la voiture, j'ai fait le plein de diesel, j'ai ajouté de l'AdBlue, j'ai noté qu'une révision serait bientôt nécessaire et j'ai conduit la dernière heure jusqu'à chez moi.

Je suis rentré chez moi à 16h00 samedi.

À ce moment-là, j'étais fatiguée mais étrangement excitée. J'étais soulagée. Et surtout, j'étais heureuse d'être de retour chez moi, en famille.

Ce sentiment final a donné un sens à toute ma semaine.

La résilience dans le secteur des voyages ne consiste pas à faire comme si les perturbations ne vous affectaient pas. Elles vous affectent. Elles coûtent de l'énergie. Elles créent des frictions. Elles mettent la patience à rude épreuve et transforment la logistique en une chaîne de décisions absurde.

La résilience, c'est autre chose.

Cela vous permet de garder votre sang-froid lorsque vous recevez le message d'annulation.

Elle apprécie tout de même son dîner.

Il s'agit de résoudre le problème suivant au lieu de dramatiser toute la chaîne.

Il s'agit de savoir quand réserver l'hôtel près de l'aéroport.

C'est choisir le sommeil plutôt que l'héroïsme forcé.

Je reprends mes habitudes avec une séance de tapis roulant et le petit-déjeuner.

Il reste ouvert à tous, du personnel hôtelier indien aux inconnus voyageant dans un train allemand.

Et cela continue jusqu'à ce que toute la séquence soit effectivement terminée.

Ce voyage m'a rappelé que la forme la plus efficace de discipline en voyage n'est pas un contrôle rigide.

C'est un sang-froid adaptatif.

Les plans sont importants. Les systèmes sont importants. Mais sur la route, le véritable talent consiste à rester suffisamment ouvert pour recevoir de l'aide, suffisamment structuré pour prendre de bonnes décisions et suffisamment calme pour continuer d'avancer lorsque le plan initial a disparu.

Voilà ce que m'a appris cette semaine en Inde, à Dubaï, à Munich, à Leipzig et lors du dernier trajet en voiture pour rentrer chez moi.

Tous les voyages ne sont pas synonymes de confort.

Mais même un itinéraire chaotique peut vous apprendre à mieux voyager.

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